{"id":7238,"date":"2014-08-02T18:22:06","date_gmt":"2014-08-02T17:22:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.timlilith-ib.fr\/?p=7238"},"modified":"2014-08-02T18:22:06","modified_gmt":"2014-08-02T17:22:06","slug":"kabylie-les-derniers-paysans-des-montagnes-par-rachid-oulebsir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.timlilith-ib.fr\/?p=7238","title":{"rendered":"Kabylie : les derniers paysans des montagnes par : Rachid Oulebsir"},"content":{"rendered":"<div id=\"fb-root\"><\/div>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/agoumatine.a.g.pic.centerblog.net\/o\/3610d39f.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"600\" \/><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"article_abstract\" style=\"font-weight: bold; color: #222222; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0M\u00e9diatiser aujourd\u2019hui la vie paysanne traditionnelle, c\u2019est participer au sauvetage de la diversit\u00e9 culturelle contre l\u2019uniformisation et la standardisation du monde. C\u2019est sauver des poches d\u2019autonomie sociale et culturelle, sauver des esp\u00e8ces de graines, des vari\u00e9t\u00e9s de plantes, des esp\u00e8ces d\u2019animaux menac\u00e9es d\u2019extinction. R\u00e9habiliter les paysans au moment o\u00f9 ils sont chass\u00e9s de leurs collines, leurs richesses pill\u00e9es, leurs savoirs d\u00e9class\u00e9s, leur m\u00e9moire r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant, leur image d\u00e9valoris\u00e9e aux yeux de leur prog\u00e9niture, ce n\u2019est pas de la militance ordinaire : c\u2019est affirmer haut et fort que les paysans sont l\u2019avenir du monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><!--more--><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le texte qui suit est le r\u00e9sum\u00e9 d\u2019une conf\u00e9rence que j\u2019ai donn\u00e9e le 21 octobre 2012 dans la ville fran\u00e7aise de Blois, invit\u00e9 par le Centre europ\u00e9en de promotion de l\u2019histoire (CEPH) qui organise chaque ann\u00e9e \u00ab\u00a0Les rendez-vous de l\u2019Histoire\u00a0\u00bb, espace de cr\u00e9ation et d\u2019\u00e9change culturels lanc\u00e9 en 1998 par l\u2019ancien ministre fran\u00e7ais Jack Lang . L\u2019\u00e9dition de 2012 \u00e9tait consacr\u00e9e aux paysans .<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\"><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Nous sommes r\u00e9unis ici par un \u00ab\u00a0Rendez-vous de l\u2019histoire\u00a0\u00bb, J\u2019allais dire, le hasard de l\u2019histoire. Je viens d\u2019Alg\u00e9rie, pr\u00e9cis\u00e9ment de Kabylie. J\u2019y suis n\u00e9 avant la guerre de lib\u00e9ration d\u00e9clench\u00e9e le 1er novembre 1954, sur la haute montagne du Djurdjura dans une famille de paysans pauvres. Les p\u00e9rip\u00e9ties de l\u2019histoire, l\u2019\u00e9cole obligatoire durant la guerre d\u2019Alg\u00e9rie dans un village de regroupement et la g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019enseignement gratuit par l\u2019Etat alg\u00e9rien apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, ont fait que j\u2019ai pu aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole et \u00e9tudier dans cette belle langue qu\u2019est la langue fran\u00e7aise pour atteindre miraculeusement l\u2019universit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\"><strong>L\u2019enfance et l\u2019\u00e9cole coloniale<\/strong><\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Pour les Alg\u00e9riens de ma g\u00e9n\u00e9ration le rapport \u00e0 la langue fran\u00e7aise \u00e9tait de l\u2019ordre du d\u00e9fi. C\u2019est \u00ab\u00a0notre butin de guerre\u00a0\u00bb disait le grand \u00e9crivain Kateb Yacine. A ma premi\u00e8re rentr\u00e9e scolaire en octobre 1959, je ne connaissais pas un traitre mot de fran\u00e7ais ! Les enseignants \u00e9taient des soldats, La langue scolaire \u00e9tait donc celle des militaires! Ceux l\u00e0 m\u00eame qui pourchassaient nos parents dans le djebel\/ Tazmalt \u00e9tait un village europ\u00e9en prosp\u00e8re noy\u00e9e dans une immense oliveraie : La belle \u00e9cole, la grande rue bitum\u00e9e, la jolie poste, les imposantes maisons aux portes blind\u00e9es et aux toitures rouges \u00e9taient aux fran\u00e7ais, le train qu\u2019on entendait au loin siffler et qu\u2019on ne pouvait prendre \u00e9tait aux fran\u00e7ais. Nous les alg\u00e9riens, nous \u00e9tions parqu\u00e9s dans le village de regroupement, une favela entour\u00e9e de fils barbel\u00e9s \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 du village. On l\u2019appelait complaisamment \u00ab\u00a0Le Faubourg nord\u00a0\u00bb en opposition au \u00ab Faubourg sud \u00bb o\u00f9 \u00e9taient regroup\u00e9es d\u2019autres familles kabyles ramass\u00e9es dans la zone interdite de l\u2019ouest du village. Le \u00ab faubourg nord \u00bb recevait les familles venant de la zone interdite de l\u2019est ! J\u2019avais six ans en 1959. Chaque matin une colonne de soldats, des blancs et des noirs (Des s\u00e9n\u00e9galais), passait dans les \u00e9troites ruelles de terre du bidonville ramasser les enfants et les mener \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u00e9tudier dans la langue de l\u2019ennemi ; le kabyle notre langue maternelle n\u2019avait pas droit de cit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Enfant, je n\u2019ai pas pu faire la guerre mais la guerre m\u2019a fait. Elle m\u2019a construit h\u00e2tivement comme une petite baraque d\u2019un bidonville dans l\u2019obscurit\u00e9, la peur, la pr\u00e9carit\u00e9 et le secret espoir d\u2019une qui\u00e9tude future. Adulte, je suis toujours \u00e0 la recherche d\u2019un refuge, celui que je n\u2019ai pas eu dans mon enfance trouble. La montagne est mon repaire, mon rep\u00e8re, mon nid ! Le mode de vie des montagnards de Kabylie est mon mod\u00e8le, mon id\u00e9al.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Apr\u00e8s de longues \u00e9tudes ponctu\u00e9es par un dipl\u00f4me de la Sorbonne, au moment o\u00f9 toute ma famille attendait de me voir dans le costume politique d\u2019un ministre, d\u2019un pr\u00e9fet ou d\u2019un futur mandarin universitaire, je suis retourn\u00e9 \u00e0 la campagne cultiver les oliviers des anc\u00eatres. J\u2019avais d\u00e9\u00e7u tout le monde. \u00abIl a tellement \u00e9tudi\u00e9 qu\u2019il est devenu fou\u00bb disait-on dans mon dos.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\"><strong>Ma vie avec les paysans<\/strong><\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Apr\u00e8s trente ans de vie avec les paysans, je suis fier de mon parcours. C\u2019est notamment gr\u00e2ce \u00e0 la singularit\u00e9 de cet itin\u00e9raire surprenant que je suis ici parmi vous, invit\u00e9 par les organisateurs du centre europ\u00e9en de promotion de l\u2019Histoire. J\u2019ai rejoint les paysans du Djurdjura au milieu de l\u2019ann\u00e9e 1980. J\u2019ai repris la ferme familiale dans la haute vall\u00e9e de la Soummam (wilaya de Bejaia) o\u00f9 la principale activit\u00e9 est l\u2019ol\u00e9iculture. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une monoculture industrialis\u00e9e m\u00e9canis\u00e9e, mais d\u2019une matrice \u00e9conomique, une activit\u00e9 pivot autour de laquelle se greffent et se structurent des travaux compl\u00e9mentaires tels que le mara\u00eechage, l\u2019\u00e9levage, l\u2019apiculture, l\u2019arboriculture fruiti\u00e8re et bien \u00e9videmment l\u2019artisanat dans toute sa vari\u00e9t\u00e9- une dizaine de m\u00e9tiers que le march\u00e9 mondial d\u00e9valorise et chasse de l\u2019\u00e9conomie et de la m\u00e9moire.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">J\u2019y ai construit ma maison de mes propres mains, creus\u00e9 mon puits, pav\u00e9 mon chemin, et partag\u00e9 le pain et le sel avec ces hommes et ces femmes arm\u00e9s de d\u00e9termination et d\u2019une agr\u00e9able culture mais souvent gagn\u00e9s par le doute et l\u2019envie de partir.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Je parlerai donc des paysans de Kabylie, de leur v\u00e9cu d\u2019aujourd\u2019hui, j\u2019exposerai leurs singularit\u00e9s ce qui les distingue des autres paysans du monde et le fait qu\u2019ils sont paysans kabyles \u2013 Je n\u2019aime pas beaucoup le mot identit\u00e9-\u00e7a renvoie souvent de nos jours au contr\u00f4le policier- c\u2019est cependant le concept qui rend compte des richesses historiques, des diff\u00e9rences et des vari\u00e9t\u00e9s culturelles des populations du monde. Je parlerai donc de ce qui constitue l\u2019identit\u00e9 des paysans de Kabylie. Ils partagent l\u2019essentiel des valeurs humaines avec les paysans des Alpes, des Andes, de Californie ou de Mandchourie, notamment l\u2019amour de la terre ; le respect de la nature, la protection de la flore et de la faune, la v\u00e9n\u00e9ration du ciel .Ils y mettent leurs empruntes, des formes propres \u00e0 eux, des attitudes, des comportements. Ils ont pour eux seuls, des survivances culturelles, un h\u00e9ritage qu\u2019ils gardent jalousement pour le transmettre entre des mains aussi innocentes que celles de leur enfance, apr\u00e8s les avoir sauv\u00e9 de l\u2019oubli.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Ils sont souvent gagn\u00e9s par le doute, la lassitude, le d\u00e9senchantement, quand ils sentent que leurs vieux savoir-faire, leurs pratiques empiriques, leurs rituels semblent quelque-peu folkloriques face \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 des machines modernes, la rationalit\u00e9 des nouveaux proc\u00e9d\u00e9s agronomiques, la rapidit\u00e9 du march\u00e9 la domination uniformes des marchandises sans \u00e2me. C\u2019est un peu le pot de terre contre le pot de fer ! Mais \u00e9trangement la peau de leur pot de terre est faite d\u2019une mati\u00e8re tr\u00e8s r\u00e9sistante qui s\u2019appelle la conviction. Nous parlerons ensemble des survivances culturelles des paysans de Kabylie. Evoquer et d\u00e9battre avec vous de ce qu\u2019ils ont pu sauver de l\u2019oubli, ce qui leur reste apr\u00e8s qu\u2019ils aient tout oubli\u00e9.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\"><strong>Etre paysan aujourd\u2019hui en Alg\u00e9rie<\/strong><\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Dans ma commune, la propri\u00e9t\u00e9 agricole est domin\u00e9e par une forme d\u2019exploitation mixte o\u00f9 le paysan jum\u00e8le l\u2019ol\u00e9iculture avec l\u2019\u00e9levage et la petite c\u00e9r\u00e9aliculture parfois m\u00eame des cultures maraich\u00e8res en irrigu\u00e9. La superficie des propri\u00e9t\u00e9s ne d\u00e9passe gu\u00e8re deux hectares. L\u2019\u00e9chantillon du paysan moyen de la plaine est propri\u00e9taire d\u2019un hectare de terre une vingtaine de t\u00eates d\u2019ovins et de caprins, une vache ou deux. Certains ont un tracteur qu\u2019ils utilisent en location pour le transport et le labour.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Le paysan de montagne est propri\u00e9taire de plusieurs petites parcelles de terre. Il mesure sa propri\u00e9t\u00e9 en journ\u00e9es de labour. Un hectare de terre est labour\u00e9 \u00e0 l\u2019araire traditionnel en une dur\u00e9e allant de 5 \u00e0 10 jours. Elle d\u00e9pend de l\u2019habilet\u00e9 du paysan de la puissance de la paire de b\u0153ufs, et de la nature du terre selon qu\u2019il est bois\u00e9 ou nu.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Le concept de paysan recouvre aujourd\u2019hui une r\u00e9alit\u00e9 mouvante. La ruralit\u00e9 est phagocyt\u00e9e par les avatars de comportement sociaux citadins alors que les valeurs rurales se sont impos\u00e9es dans l\u2019espace citadin au point o\u00f9 l\u2019on peut parler de citadins campagnards et de montagnards citadins. Il n\u2019y a plus de paysans pur tel que le d\u00e9finissait la vision sociologique classique. Le paysans actuel ne vit pas uniquement de l\u2019activit\u00e9 agricole, il est contraint d exercer des activit\u00e9s annexes, transporteur, vendeur sur les march\u00e9s hebdomadaires, colporteur, ouvrier journalier\u2026 Le concept de famille paysanne peut mieux rendre compte de la r\u00e9alit\u00e9 rurale, en plaine ou en montagne. Le tissu familial rural est encore marqu\u00e9 par la vie en famille nombreuse, voire en indivision. Le prototype de famille paysanne est en moyenne le suivant : le p\u00e8re, souvent ancien \u00e9migr\u00e9 per\u00e7oit une pension de France, il d\u00e9tient l\u2019essentiel des savoir-faire agricoles, la m\u00e8re est paysanne culturellement gardienne des usages, des traditions, elle veille sur la reproduction des rituels paysans d\u2019antan qui constituent l\u2019identit\u00e9 locale. Les enfants adultes, filles et gar\u00e7ons encore c\u00e9libataires vivent encore sous le toit familial, ils sont fonctionnaires ou dans des professions lib\u00e9rales, parfois ch\u00f4meurs et dans des emplois pr\u00e9caires. Tant que le p\u00e8re est vivant la propri\u00e9t\u00e9 est gard\u00e9e indivise. Le mode de vie est paysan (gastronomie, habillement, rituels, f\u00eates \u2026)<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">La famille paysanne mue doucement \u00e0 l\u2019ombre des anciennes valeurs. Elle int\u00e9riorise les mod\u00e8les de consommations citadins, adapte son comportement au temps administratif, installe de nouveaux rapport \u00e0 l\u2019espace public (de sa gestion elle passe \u00e0 sa consommation). Elle garde tout ce qui dans l\u2019ancienne culture lui parait utile et fonctionnel (Habillement, ameublement, r\u00e9partition de l\u2019espace int\u00e9rieur et ext\u00e9rieur entre sexes, rapports de domination patriarcale\u2026) Le paysan de Kabylie perd progressivement les rep\u00e8res culturels des anc\u00eatres, s\u2019aventure dans le monde de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 tant qu\u2019il en tire b\u00e9n\u00e9fice, mais se replie vite dans son ancien monde, le mode de vie des parents et des anc\u00eatres. Comme un oiseau de proie qui chasse toute la journ\u00e9e pour retrouver le soir son monde de montagne et nourrir sa nich\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Les bourgs kabyles de montagne sont aujourd\u2019hui des villages dortoirs o\u00f9 les travailleurs de la terre, plus ouvriers que paysans se replient de nuit pour expurger leurs peines se d\u00e9livrer de l\u2019exploitation et de la pression du travail dans la plaine alimentant encore l\u2019illusion d\u2019une autonomie citoyenne que poss\u00e9daient r\u00e9ellement les anc\u00eatres paysans.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\"><strong>De quels paysans parlons-nous ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Il s\u2019agit des paysans d\u2019aujourd\u2019hui, ceux dont je d\u00e9cris le quotidien dans mon ouvrage L\u2019olivier en Kabylie entre mythes et r\u00e9alit\u00e9, paru en 2008 chez l\u2019\u00e9diteur L\u2019harmattan et dans le roman Les derniers kabyles paru chez Tira \u00e9ditions en 2009<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">J\u2019ai v\u00e9cu une trentaine d\u2019ann\u00e9es avec ces paysans. Avec eux j\u2019ai partag\u00e9 les travaux collectifs, les moments rituels d\u2019entraide, lors de la cueillette des fruits, de la construction de maisons, d\u2019ouverture de sentiers forestiers et de pistes agricoles, lors de la conduite des troupeaux en transhumances. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 de leurs f\u00eates, de leurs deuils, j\u2019ai aim\u00e9 et pratiqu\u00e9 leurs croyances pa\u00efennes, appris et appliqu\u00e9 leur calendrier agraire. Ils m\u2019ont aid\u00e9 \u00e0 construire ma maison, creuser mon puits, paver ma route, cueillir mes olives, soigner mes animaux, fagoter mon bois et rallumer mes chandelles \u00e9teintes.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Je vous parle de la p\u00e9riode allant de 1980 \u00e0 nos jours. C\u2019est une p\u00e9riode tr\u00e8s significative pour la paysannerie alg\u00e9rienne en g\u00e9n\u00e9rale parce qu\u2019elle constitue la fin d\u2019un mode de vie, d\u2019une \u00e9conomie vivri\u00e8re faiblement mon\u00e9tis\u00e9e o\u00f9 le troc avait encore un strapontin \u00e9conomique et social. Une soci\u00e9t\u00e9 laiss\u00e9e \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, \u00e0 la marge du progr\u00e8s par le nouvel Etat central alg\u00e9rien issu de la guerre de lib\u00e9ration. Cet Etat jacobin qui a repris \u00e0 son compte le mod\u00e8le administratif colonial, h\u00e9sitant durant quelques ann\u00e9es avant de choisir les profits politiques h\u00e9rit\u00e9s de la colonisation au lieu de l\u2019id\u00e9al populaire de construction d\u2019une nation moderne sur le fond culturel commun aux alg\u00e9riens. Le pouvoir alg\u00e9rien s\u2019\u00e9tait couvert du burnous populiste du nationalisme pour reproduire \u00e0 une plus grande \u00e9chelle les reflexes colonialistes dominateurs et historiquement humiliant pour la paysannerie !.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">L\u2019agriculture avait \u00e9t\u00e9 sacrifi\u00e9e dans son ensemble. Les paysans \u00e9taient convoqu\u00e9s par la ville pour en faire de maladroits ouvriers d\u2019usine, immenses fabriques dont le r\u00f4le \u00e9tait plus de distribuer du revenu que de produire des richesses industrielles. Le peu de consid\u00e9ration qui restait au paysan \u00e9tait sap\u00e9 par la culture officielle orient\u00e9e vers la \u00ab Formation de l\u2019homme nouveau \u00bb, qui pouvait \u00eatre tout sauf paysan. Les campagnards et surtout les montagnards \u00e9taient d\u00e9valoris\u00e9s ridiculis\u00e9s, habill\u00e9s du burnous du sous-d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">A la t\u00e9l\u00e9vision, au th\u00e9\u00e2tre, au cin\u00e9ma, le Fellah \u00e9tait l\u2019objet d\u2019une d\u00e9rision syst\u00e9matique. L\u2019image du \u00ab Sauvage \u00bb perdu en ville \u00e9tait incarn\u00e9e \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision par Boubegra (L\u2019homme \u00e0 la vache). Dans les manuels scolaires le fellah \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00ab l\u2019homme des cavernes \u00bb, le primitif aux conduites archa\u00efques, comme la cause sous-entendue du retard \u00e9conomique et social du pays. \u00ab\u00a0El fellah el miskine\u00a0\u00bb (Le paysan mis\u00e9rable) est le titre d\u2019un texte sur le manuel de lecture arabe en IVe ann\u00e9e primaire ! Dans la litt\u00e9rature, \u00e0 l\u2019image du paysan porteur des valeurs de r\u00e9sistance \u00e0 la colonisation s\u2019\u00e9tait substitu\u00e9e l\u2019id\u00e9e du gueux pitoyable incapable de s\u2019adapter \u00e0 la modernit\u00e9, la civilisation et le progr\u00e8s. L\u2019absence du paysan comme sujet et objet dans la litt\u00e9rature cinquante ans apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance traduit le m\u00e9pris dont il est victime dans la vision des nouveaux auteurs, apr\u00e8s son apport d\u00e9cisif \u00e0 la lib\u00e9ration du pays de l\u2019emprise culturelle coloniale. Aucun \u00e9crivain ne s\u2019est int\u00e9ress\u00e9 aux hommes de la terre depuis 1962 ! Je suis le sp\u00e9cimen rare qui vit avec eux, partage leur quotidien et leurs valeurs, exprime leur bonheur et leurs douleurs, \u00e9crit pour eux, m\u00eame s\u2019ils ne me lisent pas forcement.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\"><strong>Pourquoi parler des paysans aujourd\u2019hui ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">L\u2019int\u00e9r\u00eat est dans le fait culturel ! Evoquer les paysans, particuli\u00e8rement ces \u00ab\u00a0fellahs propres\u00a0\u00bb demeur\u00e9s dans leur dur\u00e9e ancienne que le monde moderne n\u2019a pas encore clochardis\u00e9s, c\u2019est exprimer les tentatives et les proc\u00e9d\u00e9s de sauvegarde des savoir-faire, des pratiques socio-\u00e9conomiques ancestrales dans leurs rapports \u00e0 l\u2019environnement, \u00e0 la nature, \u00e0 la flore et la faune. Un mode de vie qui a int\u00e9rioris\u00e9 les apports positifs des diverses civilisations conqu\u00e9rantes qui s\u2019\u00e9taient succ\u00e9d\u00e9es sur l\u2019Afrique du nord. Les mutations qui ont affect\u00e9 ce mode de vie semblent tirer \u00e0 leur fin, au point o\u00f9 les paysans ne trouvent plus \u00e0 qui transmettre leurs savoirs, leurs qualifications, leurs habitudes et leur \u00e2me de r\u00e9sistants \u00e0 la d\u00e9naturation, la d\u00e9culturation, la ville leur ayant irr\u00e9m\u00e9diablement arrach\u00e9 leur prog\u00e9niture. Les paysans n\u2019ont plus d\u2019h\u00e9ritiers \u00e0 qui transmettre leur testament.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Les pr\u00e9suppos\u00e9s de la destruction de la paysannerie alg\u00e9rienne traditionnelle avaient \u00e9t\u00e9 introduits par la colonisation fran\u00e7aise apr\u00e8s sa victoire sur la grande insurrection populaire de 1871 de Kabylie dirig\u00e9e par Cheikh Aheddad et le bachagha Mokrani, avec l\u2019installation progressive sur l\u2019espace paysan des cat\u00e9gories de base du capitalisme (la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e de la terre et des moyens de production, la monnaie et le cr\u00e9dit, la manufacture et le march\u00e9).<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">La r\u00e9sistance \u00e0 la colonisation s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e sur le terrain \u00e9conomique m\u00eame si les affrontements culturels fulgurants \u00e9taient plus visibles. Des centaines de soul\u00e8vements populaires et de jacqueries paysannes alg\u00e9riennes avaient \u00e9maill\u00e9 l\u2019histoire de la r\u00e9sistance \u00e0 la colonisation fran\u00e7aise. Toutes les batailles avaient eu pour moteurs la propri\u00e9t\u00e9 de la terre. Les colons fran\u00e7ais voulaient son appropriation, les fellahs indig\u00e8nes voulaient sa pr\u00e9servation et sa r\u00e9appropriation apr\u00e8s les s\u00e9questres collectifs.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">De 1830 \u00e0 1954, 130 ans de pr\u00e9sence militaire fran\u00e7aise sur le sol alg\u00e9rien, les meilleures terres d\u2019Alg\u00e9rie \u00e9taient pass\u00e9es aux mains des colons ! L\u2019Etat alg\u00e9rien les r\u00e9cup\u00e8re en 1962 pour en faire dans une premi\u00e8re p\u00e9riode le domaine autog\u00e9r\u00e9, qui sera vers\u00e9 au fonds de la r\u00e9volution agraire apr\u00e8s 1971. Sur ces terres fertiles situ\u00e9es en plaine et dans les vall\u00e9es ont pouss\u00e9 dans l\u2019anarchie de vilaines cit\u00e9s de b\u00e9ton. L\u2019urbanisation anarchique du pays rogne progressivement ces domaines qui constituaient autrefois le grenier \u00e0 bl\u00e9 des multiples colonisateurs successifs du pays ! Ces vastes propri\u00e9t\u00e9s sont de nos jours en grande partie, entre les mains de sp\u00e9culateurs. L\u2019Etat les propose en exploitation aux grands groupes capitalistes, tout en gardant la propri\u00e9t\u00e9 juridique. Ces terres constituent le domaine agricole \u00e9tatique, dirig\u00e9 par la bureaucratie du minist\u00e8re de l\u2019agriculture.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Les paysans dont je veux vous parler sont ailleurs. Je vous emm\u00e8ne sur un autre espace-temps, une terre avec une autre destin\u00e9e, une terre avec une autre histoire. Nous sommes en montagne sur des terres qui n\u2019ont pas connu le s\u00e9questre administratif mais que l\u2019arsenal juridique colonial a morcel\u00e9 au point o\u00f9 elles n\u2019arrivent plus \u00e0 nourrir et retenir leurs propri\u00e9taires. Dans la haute Soummam, l\u00e0 o\u00f9 je vis parmi les paysans, certains domaines agricoles avaient connu le s\u00e9questre apr\u00e8s la grande insurrection paysanne de 1871, mais les alg\u00e9riens apr\u00e8s trois g\u00e9n\u00e9rations, avaient r\u00e9ussi \u00e0 les racheter aux colons. Ce fut le cas de ma famille.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Les efforts des paysans de Kabylie prenaient la forme de v\u00e9ritables sacrifices rituels. La famille indivise envoyait ses enfants \u00e0 tour de r\u00f4le dans les usines et les chantiers de la m\u00e9tropole pour gagner l\u2019argent n\u00e9cessaire au rachat de la terre des anc\u00eatres. M\u00e9diatiser aujourd\u2019hui la vie paysanne traditionnelle c\u2019est participer au sauvetage de la diversit\u00e9 culturelle contre l\u2019uniformisation et la standardisation du monde. C\u2019est sauver des poches d\u2019autonomie sociale et culturelle, sauver des esp\u00e8ces de graines, des vari\u00e9t\u00e9s de plantes, des esp\u00e8ces d\u2019animaux menac\u00e9es d\u2019extinction. R\u00e9habiliter les paysans au moment o\u00f9 ils sont chass\u00e9s de leurs collines, leurs richesses pill\u00e9es, leurs savoirs d\u00e9class\u00e9s, leur m\u00e9moire r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant, leur image d\u00e9valoris\u00e9e aux yeux de leur prog\u00e9niture. Ce n\u2019est pas de la militance ordinaire de soutenir que les paysans sont l\u2019avenir du monde.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">L\u2019avenir de notre plan\u00e8te passe par la r\u00e9habilitation des modes de vies paysans qui ont gard\u00e9 la terre dans son \u00e9tat originel durant des milliers d\u2019ann\u00e9es \u2013 des modes de produire et de se reproduire en totale harmonie avec les logiques \u00e9cologiques des \u00e9l\u00e9ments naturels et de tout ce qui vit sur terre comme faune et flore. Les savoir-faire et les savoir-vivre paysans, souvent jalonn\u00e9s dans des calendriers agraires, ob\u00e9issent \u00e0 la logique de l\u2019utilit\u00e9 et de l\u2019usage selon les besoins existants et non \u00e0 celle de la rentabilit\u00e9 et du profit qui cr\u00e9e et r\u00e9pand des besoins nouveaux.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Je n\u2019ai pas pour objectif d\u2019id\u00e9aliser des savoirs d\u00e9pass\u00e9s mais de donner la primaut\u00e9 \u00e0 des ensembles de pratiques \u00e9conomiques et sociales qui respectent l\u2019homme et la nature et qui ont constitu\u00e9 durant des si\u00e8cles le soubassement \u00e9conomique aux valeurs sociales et aux expressions culturelles de la sagesse de l\u2019homme dans ses rapports \u00e0 la nature. La candeur et la na\u00efvet\u00e9 qui s\u2019en d\u00e9gagent, souvent moqu\u00e9es par l\u2019esprit moderniste rationaliste et calculateur, constituent \u00e0 mes yeux, l\u2019\u00e2me et la po\u00e9sie de cette vie simple qui a prot\u00e9g\u00e9 la plan\u00e8te durant les mill\u00e9naires.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\"><strong>De la fragilit\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">A peine ces paysans sortent-ils la t\u00eate de l\u2019effroyable dur\u00e9e coloniale marqu\u00e9e par le martyre, la et l\u2019incertitude de l\u2019avenir qu\u2019ils se retrouvent les bottes emp\u00eatr\u00e9es dans la boue de la pollution, la salet\u00e9, les d\u00e9g\u00e2ts de la modernit\u00e9 qui sanctuarise le profit comme valeur motrice unique de l\u2019humanit\u00e9. Ils passent d\u2019une situation de pr\u00e9carit\u00e9 sociale et s\u00e9curitaire o\u00f9 ils avaient malgr\u00e9 tout l\u2019initiative historique vers un \u00e9tat o\u00f9 on leur impose une prise en charge, une assistance sociale contre l\u2019abdication de leur r\u00f4le d\u2019acteurs historiques ma\u00eetres de leur destin\u00e9e et planificateurs de leur avenir.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">De nos jours les paysans des montagnes font face \u00e0 une concurrence d\u00e9loyale. Ils ont pour rivaux les exploitants usufruitiers des grands domaines de l\u2019Etat qui roulent avec des moyens insoup\u00e7onn\u00e9s pour les int\u00e9r\u00eats de la bureaucratie renti\u00e8re, avec des \u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle qu\u2019ils ont de la peine \u00e0 imaginer. Face \u00e0 cette rivalit\u00e9 vertigineuse, la majorit\u00e9 des montagnards abdiquent pour rejoindre le train de la ville. Ils nomadisent sur les routes de l\u2019exode avec des haltes plus ou moins longues dans les bourgs et les villages qui poussent comme des champignons le long des nouvelles routes menant aux villes surpeupl\u00e9es qui, elles aussi satur\u00e9es, \u00e9vacuent leurs nouveaux essaims de jeunes sans formation vers les grandes m\u00e9tropoles d\u2019Europe et d\u2019Am\u00e9rique.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Les jeunes dipl\u00f4mes en poche, ou la t\u00eate vide et les bras forts, partent pour l\u2019Europe et l\u2019Am\u00e9rique, l\u00e9galement dans les r\u00e9seaux de l\u2019\u00e9migration organis\u00e9e ou clandestinement au risque de leur vie dans des felouques de fortune, dans la cervelle la carte postale du monde libre avec ses richesses, ses belles villes propres, ses espaces infinis, ses r\u00eaves possibles et r\u00e9alisables, ses belles-filles, ses beaux gar\u00e7ons. Pour les vieux, fini le travail agricole, ils font la queue devant l\u2019\u00e9crivain public, bient\u00f4t les 65 ans et la retraite de l\u2019\u00e9migration. \u00c9crire \u00e0 madame La France et demander de se presser de verser les euros salvateurs ! autant, durant l\u2019\u00e9poque coloniale, ils \u00e9taient dans une logique de r\u00e9sistance, acteurs historiques dans des situations de lutte souvent in\u00e9gale sur les terrains d\u2019affrontements culturels \u2013 Ecole, sant\u00e9, religion, culture &#8211; Autant aujourd\u2019hui, les paysans se retrouvent assist\u00e9s pris en charge dans une logique de d\u00e9mission, d\u2019attente et d\u2019alimentation de l\u2019exode.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Nous n\u2019avons plus de paysans \u00e0 vrai dire, mais des ruraux et des montagnards qui font le va et vient culturel, invariablement entre la campagne et la ville. Ils nourrissent les deux espaces en semant sur les itin\u00e9raires interm\u00e9diaires des pratiques, des gestes, des comportements culturels hybrides appris des grands m\u00e9dias internationaux, des t\u00e9l\u00e9visions de l\u2019Orient et de l\u2019Occident. En voulant \u00ab\u00a0voler comme la perdrix nous perdons la d\u00e9marche de la poule\u00a0\u00bb dit un adage paysan du Djurdjura.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\"><strong>Le calendrier agraire de Kabylie<\/strong><\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Voil\u00e0 donc ma longue introduction tirant \u00e0 sa fin. Vous savez que ma pr\u00e9occupation est de r\u00e9habiliter les survivances culturelles des paysans du Djurdjura avec lesquels je vis depuis une quarantaine d\u2019ann\u00e9es. Ma probl\u00e9matique est de partager avec vous une vision, celle de la difficile transition des paysans de montagne vers une modernit\u00e9 qu\u2019ils per\u00e7oivent comme la mort programm\u00e9e de leur d\u00e9clin, la fin de leur mode de vie, l\u2019enterrement de leurs savoir-faire ,leurs savoir-vivre, leurs particularismes, tout ce qui a fait durant des si\u00e8cles leurs diff\u00e9rences, leur identit\u00e9. J\u2019adopte le calendrier agraire des fellahs du Djurdjura comme support de mon expos\u00e9. Cette \u00e9ph\u00e9m\u00e9ride m\u00e9connue, survivance culturelle qui nous renseigne sur les rapports du paysan \u00e0 son environnement durant une ann\u00e9e pleine, est un condens\u00e9 de savoirs qui fixe les \u00e9tapes, les jalons et les pratiques agricoles g\u00e9orgiques correspondantes.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Il faut savoir que le paysan de Kabylie vit ses rapports au temps dans quatre calendriers :<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">&#8211; Le calendrier gr\u00e9gorien adopt\u00e9 officiellement par l\u2019Etat alg\u00e9rien<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">&#8211; Le calendrier lunaire musulman qui fixe les f\u00eates musulmanes et les obligations religieuses de l\u2019Etat<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">&#8211; Le calendrier berb\u00e8re survivance du calendrier de Jules C\u00e9sar que le pape Gr\u00e9goire XIII avait rectifi\u00e9 en l\u2019an 1582.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">&#8211; Le calendrier agraire de Kabylie.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">C\u2019est ce dernier calendrier qui m\u2019int\u00e9resse comme fil conducteur de mon expos\u00e9. Il comporte les traces de l\u2019amour, des soins que des montagnards reclus dans leur dur\u00e9e immobile portent \u00e0 des arbres, leurs oliviers, leurs figuiers, leurs fr\u00eanes, \u00e0 des animaux, leurs \u00e2nes , leurs ch\u00e8vres, leurs moutons, leurs bovins qu\u2019ils m\u00e8nent en transhumances sur les hauts p\u00e2turages du Djurdjura. Ces femmes et ces hommes qui ont \u00e9chapp\u00e9 partiellement aux serres du progr\u00e8s uniformiste organisent leur temps selon ce vieil almanach avec lequel ils prennent de larges libert\u00e9s mais dont ils red\u00e9couvrent les vertus quand les recettes de la modernit\u00e9 ne donnent pas les r\u00e9sultats sup\u00e9rieurs escompt\u00e9s. C\u2019est un ensemble de rituels refuges qui se tuilent pour constituer le toit protecteur contre les averses d\u00e9vastatrices du progr\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Comment exprimer la vision des paysans aujourd\u2019hui que le pays est urbanis\u00e9 dans sa quasi-totalit\u00e9, en ces temps o\u00f9 l\u2019on ne sait plus si c\u2019est la campagne, la ruralit\u00e9, qui a envahit la ville ou bien les avatars des valeurs citadines qui se sont install\u00e9es et phagocyt\u00e9 le monde rural. Ce sont des survivances culturelles, des savoir-faire en voie d\u2019extinction, des pratiques sociales d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 en d\u00e9sh\u00e9rence, une oasis de culture moyen\u00e2geuse en plein 21<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, je mettrai la lumi\u00e8re sur ce qui reste apr\u00e8s que tout ait \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9. Presque tout. Mon expos\u00e9 suivra les \u00e9tapes essentielles de ce calendrier agraire de Kabylie dont je vous distribue une copie, que j\u2019ajoute en annexe de ma contribution. Apr\u00e8s cette longue introduction qui a situ\u00e9 les acteurs concern\u00e9s, mon intervention se fera en trois temps:<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">1- La dur\u00e9e des pr\u00e9paratifs de la r\u00e9colte qui s\u2019\u00e9tend du d\u00e9but Octobre \u00e0 la mi-d\u00e9cembre avec les deux grands rituels d\u2019ouverture. L\u2019ouverture de l\u2019ann\u00e9e agraire par les \u00ab\u00a0labours d\u2019Adam\u00a0\u00bb et le d\u00e9marrage de la cueillette des olives par Timechret, le repas collectif villageois !<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">2- Le temps de la r\u00e9colte qui s\u2019\u00e9tire sous les caprices du ciel de la mi-d\u00e9cembre \u00e0 la fin mars, voire d\u00e9but avril, quand la quantit\u00e9 \u00e0 cueillir est importante. Elle sera entrecoup\u00e9e de nombreuses haltes festives, notamment par Yennayer le jour de l\u2019an Berb\u00e8re. Elle prend fin par Imensi Ou-zemmour, le diner rituel de fin de r\u00e9colte. Le d\u00e9marrage des moulins est f\u00eat\u00e9 comme il se doit par Azounzou, un rite de d\u00e9gustation des premi\u00e8res huiles obtenues sans pression. Les reflexes de solidarit\u00e9 s\u2019expriment dans Tiwizi, un \u00e9lan collectif d\u2019entraide en faveur de ceux qui n\u2019arrivent pas \u00e0 finir leur r\u00e9colte alors que la neige menacent d\u2019emporter les arbres et les fruits !<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">3- Enfin la p\u00e9riode de l\u2019apr\u00e8s cueillette qui prend six mois durant lesquels de nombreux travaux sont engag\u00e9s dans les oliveraies selon un calendrier pr\u00e9cis soumis \u00e0 des rituels, des interdits, des pratiques qui rel\u00e8vent de vieilles traditions, certaines confort\u00e9es par la science agronomique d\u2019autres contredites par le savoir moderne mais qui continuent \u00e0 persister chez certains id\u00e9alistes\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\"><strong>Rachid Oulebsir<\/strong><\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\">Source de l&rsquo;article :<\/p>\n<p style=\"color: #222222; text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.lematindz.net\/news\/11349-kabylie-les-derniers-paysans-des-montagnes.html\">http:\/\/www.lematindz.net\/news\/11349-kabylie-les-derniers-paysans-des-montagnes.html<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0M\u00e9diatiser aujourd\u2019hui la vie paysanne traditionnelle, c\u2019est participer au sauvetage de la diversit\u00e9 culturelle contre l\u2019uniformisation et la standardisation du monde. C\u2019est sauver des poches d\u2019autonomie sociale et culturelle, sauver des esp\u00e8ces de graines, des vari\u00e9t\u00e9s de plantes, des esp\u00e8ces d\u2019animaux menac\u00e9es d\u2019extinction. 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